• SPERED GOUEZ N°21

    SPERED GOUEZ  N°21

         SPERED GOUEZ est le nom d'une revue de poésie, paraissant chaque automne, à l'occasion du "Festival du livre en Bretagne " de la ville de Carhaix, sous la direction de  Marie-Josée Christien. (1)

    La rubrique la plus importante (2) regroupe les poèmes des contributeurs sur le thème annoncé six mois avant la parution (3), chacun disposant de une à quatre pages.                   Les thèmes des trois précédents numéros ont été :               " Ephémère et éternel, le temps ", " Mystiques sans dieu(x) " et " Effacement ".  

         Le risque généré par l'imposition d'un thème est d'aligner beaucoup de poèmes écrits avec une intention trop manifeste, un vouloir-dire trop encadrant, laquelle disposition d'esprit pénalise souvent la qualité poétique de l'expression en privilégiant la discursivité au détriment de la musicalité poétique. Mais ce risque est généralement évité par les poètes choisissant dans leur production précédente quelques poèmes "non-dirigés" et dont il se trouve, à postériori, qu'ils sont en résonnance avec ce thème.

         Par ailleurs, il faut noter ce petit détail de grande valeur : Nous ne découvrons le nom de l'auteur de poèmes qu'après avoir lu les quelques pages de sa contribution : cela évite l'à-priori qui orienterait notre réception des textes.                                                                                                    C'est aussi avec ce genre de détails qu'on conçoit une revue de qualité.                                                                      La rubrique " Point de vue ", proposant les commentaires successifs de trois critiques différents sur un même recueil, est un autre exemple de ces bonnes idées.

         Je vous présente et commente ci-après, Rubrique après Rubrique, le numéro 21 de la revue datant de la fin-2015 :

         En ouverture, Marie-Josée Christien nous livre quelques réflexions sur la place de la petite édition indépendante dans l'économie du livre. J'en ai retenu que les modes marginaux de diffusion des ouvrages de la petite édition ne favorisent pas leur prise en compte intégrale dans la comptabilité officielle et aboutissent à la sous-estimation de son importance réelle, effectivement faible mais moins que ne le disent les tuteurs officiels de l'économie du livre. 

         Un entretien avec Basarab Nicolescu, physicien théoricien, poéticien et héraut de la transdisciplinarité,  mené par Eve Lerner dans Escale, nous prépare à la lecture de la rubrique collectant des poèmes autour du thème annoncé ( " La poésie ramène sa science ").                                                                                                                                 On sait que de nombreux mathématiciens défendent une variante du réalisme platonicien des idées, lequel prédispose certains à franchir le pas du mysticisme. C'est outrageusement le cas de B. Nicolescu comme le suggèrent  ses références à Gurdjieff  et Novalis, ainsi que ses "pittoresques" concepts  et formules: Le Tiers Caché, l'Imaginal, Dieu est poète, La structure quantique du langage ...  Pour ma part, dans ce rôle de physicien théoricien, poéticien et même poète, j'aurai préféré lire ici  Jean-Pierre Luminet.                                                                                                                             Et justement, il se trouve qu'un livre de ce dernier nous est longuement présenté par Jacqueline Saint-Jean dans Vagabondages, mais je ne sais si c'est l'effet d'un heureux hasard ou le souhait de suggérer un éclairage complémentaire et moins éblouissant, c'est à dire moins aveuglant, de la relation entre poésie et science. 

         Dans "Avis de tempête", billet d'humeur d'un invité, ne souffle cette fois, par la bouche de Jean-Claude Bailleul, qu'une modeste brise. Cette déploration du nombrilisme de la plupart des écrivains et de l'impatience de la plupart des jeunes poètes est assez habituelle pour ne pas soulever de polémique, comme l'avaient fait de précédents "avis de tempête", puisqu'aucun lecteur ne se sentira visé, bien entendu. 

         Guy Allix, dans Mémoire, délivre un bel hommage à l'éditeur René Rougerie (4) et d'intéressantes informations sur sa relation avec la Bretagne.

         Point de vue regroupe trois commentaires du recueil "Bleu naufrage" de Denis Heudré, par Bruno Geneste, Gérard Cléry et Eve Lerner. On pouvait s'attendre à trois approches et trois éclairages différents, comme cela fut le cas dans des numéros précédents en application de cette heureuse idée, mais cette diversité se trouve ici réduite par la polarisation des trois critiques sur la seule thématique du recueil,  justifiée par la forte charge émotionnelle de celle-ci ( le drame des réfugiés sur l'île de Lampedusa ) .

         Des notes de lecture sont proposées dans Passages, Vagabondages et Nuits d'encre par Guy Allix, Bruno Geneste, Patrice Perron, Jacqueline Saint-Jean et Marie-Josée Christien ; cette dernière nous parlant également de quelques revues.

         Le Coup de cœur de Jean Bescond nous présente et commente une lettre d'Armand Robin au directeur des "Cahiers du Sud", datée du 13 novembre 1936. On y devine la forte originalité d'une figure tutélaire de la revue       Spered Gouez.

         Dans Tamm-Kreiz, dossier destiné à mettre en valeur un auteur apprécié par la revue, Marie-Josée Christien présente le dernier roman de Claire Fourier puis s'entretient avec l'auteur. C'est un bien séduisant caractère qui se révèle ici aux lecteurs qui, comme moi, ne connaissaient pas Claire Fourier, son goût revendiqué pour la discipline, l'impertinence, la pensée qui claque, l'écriture frappée, la simplicité aristocratique et son dégoût de la satiété bourgeoise.

         La revue se termine par sa rubrique la plus volumineuse, alignant les textes de 28 auteurs sur le thème annoncé :      " La poésie ramène sa science. "                                                                                                                            J'y ai plus particulièrement remarqué et apprécié les contributions de Louis Bertholom ( dont je préfère, comme allure d'écriture, le trot plutôt que le galop ) et de Lydia Padellec ( bien évidemment ! ).                                                      Mais aussi, et surtout, les textes de Michel Baglin , denrée poétique saine et nourrissante comme le bon pain du matin à chaleur amicale :

    " Terre trop intime pour la raison, trop ronde pour le regard,                                                                                   trop vaste pour la saisie. Autant que des bateaux, elle réclamait des                                                                            dieux et des images pour sa conquête. Alors on l'a dite femme,                                                                                   comme pour se consoler d'être ces orphelins qui gravitent, sans                                                                                   savoir qui les tient sur cette orbite basse où la plénitude se devine                                                                              et où rien ne s'accomplit. " 

         Remarquons, pour conclure, que si Spered Gouez est une revue poétique bretonne, puisqu'éditée en Bretagne et mettant surtout en valeur des auteurs bretons, son rayonnement est bien plus que régional comme en témoigne la diversité des auteurs déjà connus et reconnus, contribuant à l'importante rubrique thématique, et originaires d'autres régions.

     

                                                                                                                        Franck Reinnaz

     

    (1) : avec l'aide, pour ce numéro 21, de Guy Allix, Jean-Claude Bailleul, Jean Bescond, Gérard Cléry, Bruno Geneste, Eve Lerner, Patrice Perron et Jacqueline Saint-Jean.                                                                                                                                                                            (2) :la plus importante ... en volume.                                                                                                                                                         (3) : sur le site de la revue :  www.speredgouez.monsite-orange.fr                                                                                                              (4) : décédé le 12 mars 2010 à Lorient.

     

     


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