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         Selon le journal Le Monde du 28/02/2017, la société SpaceX vient d'annoncer que deux touristes partiront en voyage autour de la Lune d'ici à la fin de 2018, et par ailleurs, sur le site www.LVMH.fr, on constate le quasi-doublement en cinq ans du cours de bourse de cette multinationale du luxe qu'est LVMH.

         Pour expliquer l'appariement de ces deux informations, je dois opérer un petit détour .    

         Dans certaines versions mal dégrossies du marxisme, il est suggéré que le capitalisme creuserait lui-même sa perte en restreignant les revenus des classes productives parce qu'il assèche ainsi lui-même ses débouchés.                               En réalité, le problème est celui de la cohérence entre la structure des revenus et la structure des activités productives. En effet , le panier de consommation moyenne des classes propulaires n'a pas, indépendamment de son volume, la même composition relative que celui des classes fortunées. Il en résulte que si la répartition des revenus évolue durablement au profit des classes fortunées, la crise de débouchés peut être évitée si la structure des activités productives évolue en parallèle en privilégiant la production de biens et services de luxe au détriment des biens et services de subsistance.     Comme la structure globale des activités productives ne peut évoluer que lentement, une évolution rapide mais durable de la structure des revenus entraîne une crise de débouchés, mais cette crise peut être temporaire.

         Certains préféreront cette formule plus lapidaire : " Les fortunés ne peuvent dépenser tout leur argent dont une partie dort dans les banques, d'où le chômage ".

         C'est en partie vrai, mais en partie seulement. Rien n'empêche, à priori, le développement d'une offre de biens ou de services répondant au désir de consommation d'une classe fortunée devenue plus nombreuse et/ou plus riche. Et c'est ainsi que, depuis le milieu des années 80, l'écart croissant entre classes populaires et classes fortunées se trouve accompagné par le développement des industries du luxe (1) et l'émergence d'une offre de tourisme dispendieux.

     

                                                                                                                 Franck Reinnaz

     

    (1) : Voir aussi le marché des oeuvres d'art ou bien la joaillerie dont l'un des plus éminent représentants, Laurence Craff, déclarait récemment: " En 2016, il n'y a pas assez de pierres pour satisfaire la demande."

     


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         Dans le contexte actuel de montée des tensions sociales et internationales, la dérive populiste d'extrême droite inquiète un peuple-poète majoritairement de gauche, comme l'indigne l'oubli des valeurs humanistes dans le contexte des guerres soit-disant religieuses (2) ( attentats, rejet des réfugiés, ...).                                                      De plus en plus nombreux sont les poètes voulant exprimer cette indignation dans leurs poèmes ( le dernier numéro de la revue Interventions à Haute Voix s'est d'ailleurs constitué sur ce thème ) et ce n'est probablement pas un hasard si la "poésie de circonstance" se trouve elle-même interrogée par Claude Vercey dans le dernier numéro de la revue Décharge.

         Cherchant à émouvoir, ces poèmes privilégient généralement la transparence prosaïque aux dépens du mystère proprement poétique et pour cette raison, parmi bien d'autres, la qualité strictement poétique de ces textes est souvent médiocre et la plupart des lecteurs de poésie en conviennent.                                                                                 Que les poètes soient indignés par l'état du monde est une chose, mais pourquoi faut-il qu'ils écrivent des poèmes d'indignation ?                                                                                                                                                       On me dira : La source principale de l'écriture poétique est l'émotion, même infime et même confuse. Le poète laissant l'émotion advenir "d'elle-même" à l'écriture, il est impossible que cette indignation n'imprègne pas les mots de sa poésie.                                                                                                                                                                 Je comprend cela, mais pourquoi publient-ils ces poèmes que les lecteurs jugent généralement médiocres ?             Serait-ce l'effet d'une mauvaise conscience à n'être qu'un reclus jongleur de mots quand d'autres subissent la violence et la mort ? Cela n'aurait de sens que si ces poèmes édités s'avéraient plus efficaces qu'une participation anonyme aux manifestations de foules indignées. Qui peut vraiment le croire alors que ces poèmes sont généralement médiocres, le lectorat si restreint et les poètes si méconnus !?

         Quant à l'indignation elle-même, indépendamment de son mode de manifestation, elle est évidemment la bienvenue car il est sain de rappeler ainsi les valeurs humanistes sans lesquelles l'engagement citoyen pourrait n'être que calcul opportuniste exposé aux pires dérives.                                                                                                                Notre capacité d'empathie, par où s'affirme notre humanité, démontre l'impossibilité de décerner des valeurs différentes aux sentiments, douleurs, plaisirs ou réactions d'ordre éthique ou esthétique des personnes selon qu'elles ont telles origines ou manifestent telles compétences particulières. Elle est la source de la littérature, nous permettant d'entrer dans les récits, d'en comprendre les personnages et d'en quasi-vivre leurs vies.

          Mais cette capacité d'empathie renforce le pouvoir des images aux dépens des analyses. Cela fait des premières le vecteur privilégié des manipulations : ce qui du lointain monde est vu ne se donne pas à voir de lui-même, mais est donné à voir.  Par qui et pourquoi ?  Quel peuple-poète s'est indigné des centaines de milliers d'enfants irakiens morts sans être vus des suites de l'embargo visant l'Irak entre les deux guerres du Golfe ?

         Et pas non plus de tempête d'indignations quand ce qui pourrait nous indigner ne serait pas directement visible même s'il était proche. Par exemple la mort prématurée de millions d'hommes et femmes dans la nouvelle Russie de la fin du vingtième siècle (3). Les tableaux de statistiques font rarement la une de Paris-Match !

         La manifestation massive d'une opinion publique indignée est déjà une action en soi.  Sans prétendre connaître la solution au problème, elle pousse les décideurs politiques, supposés compétents, à prendre des décisions présumées oeuvrer à cette solution. Malheureusement, les effets des décisions réellement pertinentes se manifestent rarement à court terme. 

         S'engager plus encore suppose de passer de la réaction à la réflexion et celle-ci requiert le recul, l'analyse et le dialogue pour faire émerger collectivement une solution radicale c'est à dire traitant la racine du problème. Le radicalisme, ainsi défini, s'oppose au populisme qui en reste aux solutions d'un simplisme trompeur, au prétexte de l'immédiateté du bon-sens. L'Histoire ne nous démontre pas l'immunité du peuple-poète  contre les séductions d'un populisme qui saurait le troubler par l'usage intempérant d'un langage fleuri. 

         Ce laborieux cheminement collectif vers l'émergence d'une solution radicale risquerait de s'épuiser prématurément ou de s'enliser dans les marécages technocratiques, s'il n'était porté par la force de ces indignations initiales et renouvelées, très insuffisantes mais très nécessaires. 

     

     

                                                                                                                                                      Franck Reinnaz

     

    ( 1 ) : Suite à premières réactions, j'ai précisé et complété le 3 janvier 2017 cet article du 26 décembre 2016.                                                            ( 2 ) : voir mon article de ce blog daté du 12 Aout 2015                                                                                                                                     ( 3 ) : Espérance de vie en Russie : 1989 : 69 ans,   1993 : 65 ans . Il aura fallu attendre 2010 pour rétablir la situation.         

     


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         J'ai découvert la télévision et le cinéma au temps de la chaîne unique et du noir et blanc.                                       La télévision chez des voisins un peu plus "à l'aise" et dont le fils était de mes amis; et le cinéma dans l'annexe d'un bar de village servant habituellement  de salle de restaurant ou de salle de bal et parfois pour une projection de film organisée par l'instituteur.                                                                                                                                     Bercé par l'énergique bourdonnement des projecteurs et le souffle des automobiles défilant à dix mètres sur la grand-route, je fus de ces gamins qui s'agglutinaient autour de l'opérateur manipulant les grandes bobines puis s'alignaient au premier rang sur le banc de bois pour en prendre "plein les yeux" à quelques mètres à peine du drap tendu sur le mur du fond de salle.

         Je ne vais plus au cinéma, me contentant désormais de la télévision dont je regarde, en différé et très sélectivement, des téléfilms et des séries sur les rares chaînes me convenant.

         Pour moi, la différence la plus flagrante entre ce qui se voit aujourd'hui et ce qui pouvait se voir à mes débuts de téléspectateur, ce n'est pas la symphonie des couleurs ni la magie des effets spéciaux, c'est l'absence du peuple ordinaire et particulièrement des travailleurs manuels.  Relativement à leur population réelle ils sont très peu présents et cantonnés, sauf exception, aux rôles secondaires. L'amour, la haine, le désir, l'aversion, la joie, la peine, la volonté, l'adresse ou le talent semblent l'affaire exclusive des seuls commerçants, entrepreneurs, docteurs, commissaires, avocats, journalistes, etc.

         Et pourtant, il me vient un doute : Si, dans mon souvenir, le peuple ordinaire le plus modeste semble plus présent dans un film comme "Hôtel du Nord" ou dans les premières adaptations télévisées des enquêtes du commissaire Maigret, n'est ce pas parce que le faible niveau de vie général de l'époque, de même que la grisaille du "noir et blanc", les revêt rétrospectivement d'un manteau d'apparente pauvreté estompant trompeusement les distinctions sociales ?

     

                                                                                                                       Franck Reinnaz

     

     


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         Lecteur assidu de revues poétiques, j'attend beaucoup des articles de recensions-critiques.                                     Ceux-ci sont de nature très variables, se situant entre deux extrêmes :  D'un côté, de simples recensions nous informant seulement de la parution des ouvrages et, d'un autre côté, de longs articles où le critique fait feu de tout bois et nous éblouit d'étincelantes formules, témoignant ainsi du meilleur et du pire en poésie: l'ampleur des résonnances que peut éveiller un poème chez un lecteur et l'ivresse interprétative débordant outrageusement ce qui la motivait. 

         Je découvre souvent des critiques de recueils déjà lus par moi et qui d'abord m'impressionnent par leur "puissance d'interprétation" d'une multitude de détails et par l'ampleur et la complexité des commentaires relatifs à chacun de ces détails: Par exemple sur la raison et l'effet d'une concentration de syllabes claires dans telle strophe, ou sur la banalité de telle expression et qui serait volontaire pour telle raison plus ou moins tortueuse et subtile... Comme si le critique avait assisté, dans la tête de l'auteur, au laborieux déroulement d'un artisanat d'écriture, comme s'il y avait assisté aux réflexions déterminant le choix de telle virgule, de tel mot , de tel enjambement ...                                                       A lire de telles critiques, nous nous sentons médiocres, honteux un peu des mots trop laborieux pour exprimer une vision trop courte.                                                                                                                                                       Mais c'est trop !  Comment le critique peut-il détailler et justifier à ce point l'écriture d'un authentique poème alors que le propre de la poésie, du moins pour son premier élan, est de couler sans cause et sans dessein puis de conserver cette spontanéité malgré des retouches nécessairement limitées.                                                                                       Ce n'est pas que cette abondance d'interprétations et justifications comprenne nécessairement une grande part d'arbitraire, c'est plutôt que le critique s'avère être trop sensible aux connotations particulières que ces mots réveillent en lui et trop auteur lui-même pour ne pas s'imaginer écrivant le poème. Les connotations étant essentiellement individuelles, le risque d'un critique hyper-sensible est de nous parler d'une version du poème accessible à lui seul. 

         Ces critiques nous informent d'autant moins que leurs textes à prétentions discursives usent souvent d'un langage poétique. Métaphysique poéticienne où les analogies simulent les équivalences et où les jeux de mots valent démonstration, etc.    

    Si la fonction d'un critique est d'informer ses lecteurs, ne devrait-il pas user d'un langage aussi proche que possible du langage ordinaire ?

     

     

                                                                                                                         Franck Reinnaz

     

     


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         J'ai souvent échoué à montrer, par le moyen d'une image photographique, ce qui d'un lieu me séduisait pour une habitation possible. Parce que manquait l'image de l'approche progressive du lieu qui m'avait préparé pour son accueil favorable par de périodiques aperçus aux détours du chemin, comme manquait aussi la qualité particulière du silence de cet accueil. Mais surtout parce que l'image ne disait rien du sens et de la valeur pour moi d'aspects du lieu souvent négligés par d'autres. 

         Par exemple, cette quasi-ruine bâtie à mi-pente, visitée en contrebas des Boutières Ardéchoises.                         Ressortant des vieux murs dont l'état m'avait fait douter, quelques secondes dans l'ombre du vieux tilleul sur la terrasse de terre battue m'avaient suffi : Ce serait ici.                                                                                                         Face à la ruine, plus bas dans la vallée, vivait un village assez distant sans l'être trop, c'est à dire pour être entendu sans être compris et pour être vu sans être lu, assez audible et visible pour atténuer la solitude du lieu mais pas assez pour en gâcher le calme et le silence; et plus loin encore, l'ouverture de la vallée vers l'est promettait le réveil-matin des soleils matinaux, leur appoint d'énergie pour attaquer les jours.                                                                                           Dos aux vieux murs, comme pour les protéger, l'arc final d'une combe montait au ciel accrocher ses rideaux de verdure forestière après quelques terrasses abandonnées et les restes d'une vigne.                                                               Des traces d'anciennes vies attendaient leur réveil pour de nouveaux jours besogneux où, patte après patte, avancerait l'obstinée chenille des heures quand les mains seules penseraient des pensées de marteau, de bêche et de truelle, chassant les idées vaines dont les mots compliqués moisiraient dans les livres et l'ombre des greniers.  

     

     

                                                                                                                    Franck Reinnaz

     


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