• Revue des revues poétiques

    Cette revue se veut recensement critique des dix ou douze publications qui ont ma préférence , sur le rythme annuel d'un numéro pour chaque revue.                                                                                                                       Recensement pour informer mes lecteurs dont la plupart ne sont probablement pas abonnés à toutes ces revues.             Critique pour offrir aux rédacteurs de ces revues un exemple de réaction à leurs productions, ce dont ils sont très demandeurs. Ces critiques  seront globalement positives puisqu'il s'agit de mes revues préférées, mais sans complaisance parce que celle-ci est un anesthésiant ( généreusement distribué dans la grande majorité des commentaires dont j'ai connaissance ), une glu qui empêche d'avancer.

     


  • "Encres Vives" de Michel Cosem (V. Joyaux fin 2016 et P. Badin début 2017)

          La revue Encres Vives est née à Toulouse dans les années 1960. Après quelques fluctuations, la revue s'est stabilisée vers la fin des années 1970 et deux collections ont ensuite complété l'activité des éditions Encres Vives dirigées par le poète Michel Cosem.

    Toutes ces publications prennent la forme d'une plaquette agrafée de seize pages format A4.

         La revue "Encres Vives"(1) propose généralement des poèmes d'un seul auteur confirmé ou, plus rarement, une anthologie collective ou un dossier sur un poète contemporain, au rythme de douze numéros par an.                          La collection "Encres Blanches" présente des poèmes d'un seul poète en accueillant volontiers des écritures émergentes.                                          La collection "Lieux" donne à un poète, confirmé ou débutant, la possibilité d'exprimer poétiquement sa relation privilégiée avec un lieu particulier.

        Pour exemple, le dernier numéro de la collection "Encres Blanches" propose, sous le titre "Pans de jours froissés", seize pages de poèmes de Véronique Joyaux (2 ). Ce qui pourrait n'être qu'une plaquette de 16 courts poèmes est en fait un vrai recueil puisque l'auteur use pleinement du grand format permettant des pages de plus de quarante lignes.                                        Mais comme l'inverse est toujours possible, on ne sait jamais à réception de la plaquette le volume de ce qui se donne à lire.

         L'ensemble des parutions depuis l'origine constitue une impressionnante bibliothèque de plus de 1500 plaquettes de poésie, dont une grande partie est encore disponible ( consulter le site www.encresvives.wix.com ) .                              A l'exception des écritures expérimentales ou formalistes, une grande partie des poètes français contemporains ont passé ou passeront par Encres Vives.

    Caverne d'Ali Baba pour le lecteur de poésie !

     

                                                                                                                         Franck Reinnaz

     

    (1) : Comité Editorial : Annie Briet, Jean-Louis Clarac, Michel Cosem, Chantal Danjou, Michel Ducom, Michel Dugué, Gilles Lades, Cédric Le Penven, Jacques Lovichi, Jacqueline Saint-Jean, Christian Saint-Paul, Jean-Michel Tartayre.

    (2) : Sur cette poétesse, voir article de ce blog daté du 15 Avril 2015

     

     


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         Constitué à partir du mot d'ordre "Indignons-nous ", Interventions à Haute Voix N° 56

    ce numéro 56 de la revue Interventions à Haute Voix (nov. 2016) tombe à pic pour illustrer les ruminations exprimées ou recueillies par Claude Vercey dans la revue Décharge N°171 ( Sept.2016) et relatives à la poésie de circonstance.

         Des poèmes de circonstance, Claude Vercey constatait que " la plupart, il faut aussi le dire, ne sont pas des réussites" mais également que " si la poésie de circonstance est une des plus hautes expressions possibles de la poésie, elle est aussi l'une des plus risquées ".                                                         Je dirai même plus : C'est aussi parce qu'elle est l'une des plus risquées qu'elle est l'une des plus hautes expressions possibles de la poésie. La valeur des réussites tient aussi au grand nombre des échecs.

         Les raisons de cette difficulté sont multiples et je n'en citerai que deux :   - Si le poète s'affirme par un regard décalé, une vision originale du monde et de la vie, le renchérissement sur les sentiments ou les opinions les plus communes est a-poétique.                                                                          - Si le poète s'affirme comme une voix qui peine à exprimer ce qu'elle ignore avoir à dire, le déroulement maîtrisé d'un discours est a-poétique.                                                                                                                                           - Etc. 

         Assez inévitablement, la plupart des poèmes figurant dans cet IHV 56 ne m'ont guère séduit par leurs qualités strictement poétiques même s'ils ont pu m'émouvoir. Cela ne signifie pas que cet IHV N°56 ne soit pas le bienvenu, bien au contraire : l'indignation est très insuffisante et très nécessaire ( je me suis expliqué en détail sur ce sujet dans mon précédent article de ce blog daté du 26 décembre 2016 ).

    Les quelques textes qui m'ont séduit font partie de ceux qui se sont affranchi du thème proposé :                                   - Basile Rouchin propose trois brèves proses d'une écriture précise et sobre, nous dessinant d'humbles vies dans des situations attendrissantes, brutales ou tragiques.                                                                                                        -Jean-Jacques Nuel, dans ses deux brèves proses, noue méthodiquement les nœuds absurdes de ses habituelles situations kafkaïennes suscitant le sourire du lecteur plus que son inquiétude.

         Mais ce sont les poèmes de Gérard Cléry qui sont pour moi l'essentiel de cet IHV 56, et de très loin !                 Dans une première partie, d'âpres et secs poèmes versifiés alternent avec des proses plus amples et dessinant nerveusement de bris de guerre, de mort et d'amour des "tableaux-Guernica" dont " l'âcreté du soufre emplit la bouche qui en parle ".                                                                                                                                                      La deuxième partie déroule un long poème-chanson dédié à Guy Allix que l'on imagine bien, en effet, chanter l'obsédant balancement des alexandrins mélancoliques ou désabusés d'un pour qui la mémoire et le corps pèsent chaque jour un peu plus " les bras chargés d'amis que varlope la mort ".

     

                                                                                              

                                                                                                                            Franck Reinnaz

     

     

     


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  •      Le numéro 171 de la revue DECHARGE 171

    de poésie DECHARGE (1) a paru en ce début d'automne .    J'ai déjà détaillé dans l'article du 27 Oct. 2015 la liste des rubriques habituelles de cette revue.                                  Pour ce dernier numéro, je me limiterai à ce qui a le plus attiré mon attention : Le dossier " Françoise Ascal " et particulièrement son entretien avec Bruno Berchoud, La lettre de Ivan Ch'vavar, les poèmes de Marie Evkine, l'habituelle rubrique de réflexions de Mathias Lair sur la poésie et, globalement, le ton dominant de profonde humanité, de simplicité et d'authenticité caractérisant cet exemplaire de la revue.

         Françoise Ascal et Bruno Berchoud figurant parmi mes auteurs préférés, comme en témoignent mes articles des  21 Mars 2015 et 30 Avr. 2015, je ne pouvais que lire avec grand intérêt cet entretien. J'y retrouve mention d'aspects notés dans ces articles ( l'inclination métaphysique, certaines ressemblances avec l'écriture de Charles Juliet, la proximité jamais évitable du tragique,...).                                            Je dois avouer que la sérénité et l'assurance apparente de la poétesse m'ont un peu étonné, mes lectures m'en dessinant un caractère plus sombre et plus exposé au doute. Mais elle répond partiellement à mon interrogation en page 20 :

    " Malgré mes aspirations à la légèreté, entendue comme une capacité de détachement ou tout au moins de distance heureuse, je suis incapable de quitter le terrain d'une quête de sens [...]  Cela m'oriente vers une forme de gravité pas vraiment choisie [...] La conscience de la dimension tragique de la condition humaine ne m'a jamais quittée [...] " 

    J'ai aussi apprécié dans cet entretien la reconnaissance du côté artisan de l'artiste.

         La lettre d'Ivan Ch'vavar est admirable de précision et d'honnêteté intellectuelle. Comme le dit justement Cl. Vercey,  il est rare qu'un poète réfléchisse avec une telle clarté sur ses outils de travail. J'approuve aussi ce que dit Ivan Ch'vavar sur la possibilité pour la poésie de témoigner de son époque : " Le poème est sûrement l'outil le moins efficace pour le faire ! "( p. 56 ). Sur certaines poésies qui se firent témoin de leur époque, je remarquerai toutefois que si beaucoup furent médiocres d'un strict point de vue littéraire, elles furent souvent parmi les plus diffusées et les plus lues.

         Marie Evkine, je la découvre ici. Avec sa voix fraîche malgré son " âge presque grand ", son impertinente pertinence, son endolorie sérénité, sa poésie bien ancrée en " terre où [s]es pieds sont racine ". Comme quoi la simplicité et la profonde humanité ne sont pas nécessairement " emmerdantes " ( voir ci-après ).

         Mathias Lair nous avoue : " Parfois la poésie m'emmerde ": " On est revenu à une écriture de bon ton, équilibrée, lisible, bannissant tout excès [...] dégageant un parfum d'exquise sensibilité ". Voilà un aveu qui pourrait être assez communément exprimé, d'autant que ce " parfois " nous laisse une grande marge d'appréciation. Le problème du chroniqueur tient au nombre d'autres types de poésies qu'il semble trouver sinon emmerdantes du moins agaçantes ou, au minimum, insatisfaisantes : les performances, le refus du sens, l'errance d'une parole aux confins du silence, le doux bercement des métaphores ... Ses réflexions aboutissent à cette question finale: " Peut-être, après tout, faudrait-il tourner la page, ranger la poésie avec les religions d'antan . Je ne m'y résous pas ..." . 

    Pour ma part, ma sœur cadette, totalement étrangère à la littérature et plus encore à la poésie, m'interrogeait ainsi quatre ans auparavant : " Dis, la poésie ça s'rait pas un peu comme la religion ? ".                                          Bien entendu, j'avais alors idiotement trouvé idiote cette question.                                                                           Mais aujourd'hui je répondrais : Ou bien le supplément poétique à la littérature est de l'ordre d'un divertissement,            ou bien cette question se pose. 

     

                                                                                                                                    Franck Reinnaz

     

    P.S : J'ai oublié de mentionner la densité et l'éclat des pages couleur agrémentant la revue depuis qq années.

     

    ( 1 ) : revue créée et dirigée par Jacques Morin, secondé par Claude Vercey.                                                                                                Pour toute info, consulter le site internet :  www.dechargelarevue.com

     

     


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    A L'INDEX  N° 30 ( Avril 2016 )

         Tantôt anthologique et tantôt mettant en valeur l'œuvre d'un seul poète,  " A l'index " est une revue de poésie à parution semestrielle, pilotée par Jean-Claude Tardif (1), lequel édite également chaque année quelques recueils de poètes.

        L'esprit de la revue peut être illustré par cette formule de Jean-Claude Tardif : " Pour ce qui me concerne, la poésie doit être lisible, parler à l'autre ( le lecteur ), le questionner. L'importance du verbe ( sa chair ) ce n'est pas le verbe mais ce qu'il véhicule, communique d'émotions. " (2)

         Il n'est donc pas surprenant de lire fréquemment dans la revue de courtes proses ( micro-nouvelles ou proses poétiques ) mêlées à des poèmes versifiés et souvent narratifs.

         Ce numéro 30 présente une vingtaine de poètes disposant pour la plupart de plusieurs pages, et j'y ai particulièrement apprécié :

    - dans la rubrique anthologique "Jeu de paumes", l'aérien poème "Papillonner" de Leyla Al-Sadi que j'imagine subtilement allégorique :                                                    " Le papillon n'a pas deux mains à joindre                       Pour une dernière prière                                                                                                                                    Sans main tout souhait est caduc                                                                         

    S'il touche de l'eau bénite il se noie                                                                                                                        Son amour pour la bougie le consume

    Tout autour le noir règne "

    - Le dynamisme, la fantaisie et l'habile glissement vers la chute finale de la micro-nouvelle de Fabrice Marzuolo .

    - L'ouverture aux poètes étrangers ( en l'occurrence : Turquie, Portugal, Roumanie et Etats-Unis).

    - Le ton des lettres d'Anne Sexton, bousculant ses correspondants sans souci de fioritures hypocrites.

          Pour conclure, je noterai qu'en rappelant la fragilité des revues poétiques dont "la défection d'un abonné est, à elle seule, vécue comme un péril ", Jean-Claude Tardif m'a donné mauvaise conscience et je me suis résolu à me réabonner à une certaine autre revue dont la qualité ne m'emballait plus guère parmi la douzaine d'autres auxquelles je suis abonné.

     

                                                                                                             Franck Reinnaz 

     (1) :  entouré de : Christiane Laillet, Anne-Marie Bahu, Michelle Berranger, Jean-Marc Couvé et Roberto San Geroteo.                                       Voir également le blog internet: www.lelivreadire.blogspot.fr et l'adresse courriel : revue.alindex@free.fr    

    (2) : page 35 dans "Conversation à voix rompues" de J.C.Tardif et J.A.Guénégan ( Ed. Editinter )

     

     


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    Interventions à Haute Voix ( IHV ) N° 55

         Interventions à Haute Voix N°55 a paru en mars 2016, sur le thème de "Lisières".

    Cette revue anthologique à thème, dirigée par Gérard Faucheux, paraît deux fois par an, à quoi s'ajoutent deux recueils choisis par le même comité de lecture (1)(2).

         La revue propose essentiellement une rubrique anthologique de poèmes traitant d'un thème annoncé dix mois auparavant, et à laquelle participent environ trente de poètes  disposant chacun de une à trois pages.           On pourrait imaginer que l'absence de l'unité d'une voix est compensée par l'unité du thème, mais, comme ce thème n'est annoncé que par un seul mot, l'infinie diversité de ses interprétations rend souvent illusoire cette unité.  

         La répartition entre poètes connus et débutants ou inconnus est assez équilibrée, même si beaucoup de noms se retrouvent d'un numéro à l'autre.

         Dans ce N°55, j'ai bien apprécié l'harmonieuse étrangeté dans l'écriture de Jean-Louis Bernard. J'ai aussi remarqué, comme dans la plupart des revues ayant paru récemment, plusieurs poèmes faisant référence aux tragiques évènements de l'année 2015, mais ces poèmes de circonstance ne sont pas selon moi les meilleurs, comme c'est souvent le cas.

         Par ailleurs, à cette rubrique anthologique s'ajoute, sur une trentaine de pages, une rubrique bien fournie en intéressantes chroniques et notes de lectures de recueils et de revues.

      

                                                                                                                  Franck Reinnaz

     

    (1) : Comité de lecture : Danielle Allain-Guesdon, Eliane Biedermann, Guy Chaty, Marie-Josée Christien et Gérard Faucheux.            (2) : Abonnement ( 2 numéros revue + 2 recueils ) : 30 euros     courriel : gerard.faucheux@numericable.fr

     

     


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