• René Pons : " Les Carnets du vide" ( Ed. Jacques Brémond, 1991 )

     

     

    René Pons : " Les Carnets du vide" ( Ed. Jacques Brémond, 1991 )     Je viens de relire ces sombres "Carnets du Vide" de René Pons, plus de vingt ans après une première lecture qui ne m'avait guère convaincu. Mais aujourd'hui, après avoir, un peu par hasard, saisi cet ouvrage pour meubler des heures vides, d'un vide que je découvrirai parfois voisin de celui dont parlent ces carnets, c'est à regret que j'ai vu trop vite se réduire, page après page, l'épaisseur de ce qui me restait à lire.

         Concision d'expression et vision décalée situent aux marges de la poésie cet ensemble de brèves proses mêlant aphorismes, souvenirs, rêves, ruminations et récits.

         Il faut donc croire qu'il me fallait vivre vingt ans de plus pour pouvoir me trouver en empathie avec cette écriture, son pessimisme, sa lassitude ou même parfois son désespoir.

    L'empathie n'est pas un pouvoir de compréhension abstraite de la parole d'autrui, mais une capacité à ressentir authentiquement les sensations et émotions dont il nous parle, comme si nous étions un autre lui-même. Celui qui n'a jamais souffert, par exemple, du deuil d'un être proche, cette douloureuse amputation si longue à cicatriser, n'a du mot "deuil" qu'une compréhension abstraite ne permettant pas l'empathie véritable. 

         On peut aussi, si l'on est incapable d'authentique empathie, assister en curieux aux contorsions pittoresques d'une âme sombre dont les figures stylisées, parce qu'on ne les comprend pas vraiment,  nous  paraissent exagérées et de ce fait nous amusent. C'est ainsi qu'à vingt ans j'ai lu le Cioran du "Précis de décomposition".                                        C'est également ainsi qu'on peut voir de jeunes littérateurs singer ces sombres écritures et se déguiser sous un masque de précoce vieillesse très savamment et très esthétiquement torturé. Nombre des textes ici proposés seraient à la portée de ces charlatans, comme cette page 92 : " L'extérieur. Le remue-ménage guerrier. L'épanouissement de l'absurde. J'entend des voix au fond d'un cauchemar systématique. Je vois la fébrilité imbécile organiser le conflit, les vieillards boulimiques s'enterrer sous le sucre et la haine au front bas aiguisant ses couteaux. Je me pousse hors du sommeil noir comme un dormeur harcelé arcboutant ses forces pour remonter vers le jour."                                                         Mais ce serait moins crédible pour la page 18 :" Au fil des ans, les erreurs, les doutes, les utopies mortes, le rétrécissement de l'espace, la peur, ont fissuré , à mort, la vision du monde, relativement harmonieuse, que je pouvais avoir ."

     

     

                                                                                                                                                   Franck Reinnaz

     

     


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