• Pierre Gilman : " Dans la serre poétique " ( Ed. L'Age d'Homme - 2006 )

     

         Le belge Pierre Gilman est un poète discret. Pierre Gilman : " Dans la serre poétique "  ( Ed. L'Age d'Homme - 2006 )

    Trente ans d'écriture se sont accumulés avant la parution de cet épais premier recueil et, à ma connaissance, seul un deuxième ouvrage a paru depuis lors ( "Presque bleu" aux éditions Le Frau ).

    Poésie fluide et de long souffle, à l'aise dans d'amples poèmes groupés par ensembles.                                                                        Autant que la thématique suggérée, l'homogénéité de forme des poèmes d'un ensemble lui donne son unité (longueur des vers, épaisseur des strophes, nombre de strophes ).

    Poésie kaléidoscopique où se succèdent ou s'intriquent les reflets avortés d'une grande diversité de lieux, de gens et d'évènements, souvent souvenirs de vies vécues, parfois peut-être imaginées.

    Prose versifiée, narrative et imagée. Bien que les sens de ces images paraissent très incertains, nous les lisons comme en continuité avec ces autres moments plus évidents semés dans le poème, ces balises dont parle Antoine Emaz ( 1 ) et dont le chapelet très distendu semble esquisser pour le poème entier une voie toujours menacée d'effacement.

    Poésie de prose versifiée et de grand élan, dont la source d'images parfois faiblit pour de rares moments de poésie de moindre éclat, peut-être inévitables en un si gros recueil.

    Le premier ensemble, qui donne son nom au recueil, est un seul ample poème de vingt-quatre parties d'une page chacune, une par heure du jour, comprenant chacune sept strophes de trois vers morcelés ( 2 ).                                  Ce poème, le plus intensément kaléidoscopique, à lire d'une seule traite pour que son incessante scansion et l'éblouissement de ses effervescents reflets fasse bouillir la transe, commence et finit ainsi :                                           

    " Première heure     des sables dans le     vacarme du vent contre     le                                                            Pacifique     d'intense houle     jusque dans les     branchages     de vert                                                                  fané près     des marais par la     herse d'un lignage clair    

                                                        [ ... ]  

    Minuit éveillé     du haut mal dans la     briquetterie des mots dans     la serre                                                             où veille     celui qui de son     puits de boue et d'étoiles     ailleurs remontait                                                           déjà les lettres     battues du cœur et du sang"

     

    Dans la suite du recueil, à l'exception des deux derniers ensembles, réapparaissent et font saillie de façon récurrente, éraflant les poèmes mais sans les déchirer, d'anciens moments de désespoir témoignant d'un drame vécu dont presque rien ne nous sera dit, sauf qu'il figea quelques années le flux de création poétique:

    Des "sept poèmes saisis par l'été" , en fin de recueil, on aimerait croire à des poèmes de convalescence où refont surface des souvenirs de vie heureuse avec la femme aimée, d'une époque où, nous dit-il: 

    " [...]                                                                                                                                                                 nous coupions les ponts avec le monde inutile                                                                                                      riant de notre maladresse à démêler le bleu printemps                                                                                           d'un hiver fondu sous les caresse près de l'âtre "           ( page 124 )  

     

     

                                                                                                                                                Franck Reinnaz

     

    ( 1 ) : Antoine Emaz dans "L'inquiétude de l'esprit ou Pourquoi la poésie ..." ( Ed. Nouvelles Cécile Defaut 20014 ):" Essayer de fixer un seuil de lisibilité ou de poésie inopérante n'est pas commode [...] Le lecteur a besoin d'un cap, d'une orientation, de balises, pas forcément d'un texte transparent.       S'il saisit de façon nette la force motrice du poème, cela peut être suffisant."                                                                                                            ( 2 ) : Contrainte numérique pas totalement rigide, pouvant varier d'une unité en plus ou moins.

     


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