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        Le préambule motorisé de mes randonnées de chasse photographique s'achève fréquemment aux abords d'une ferme dont surgit une hurlante escouade canine.                                           Dans les minutes requises pour l'assagissement des cerbères, je m'exerce à distinguer le timide, le teigneux et surtout le sociable avec lequel j'engage la conversation qui rassure l'un et calme l'autre.

        Ce jour-ci, goûtant fort ma compagnie, le sociable m'accompagne et voudrait même me précéder et m'entraîner à sa suite sur la piste de son parcours idéal. D'abord flatté par ce compagnonnage, je m'inquiète de la suite prévisible: A tant courir dans tous les sens et souvent me précédant de loin, cet aimable chien va réduire à néant les opportunités d'intéressantes photographies animalières !

        Il me faut donc m'en séparer et, pour ce faire, je gesticule et grimace et donne de la voix.                                         C'est d'abord peine perdue : Il s'amuse de mes jets hargneux de boules de neige et aboie quand je crie, comme pour dire qu'il sait en faire autant ... Mais à la longue il se méfie, sa queue s'agite moins puis il s'éloigne, la queue basse et le regard éteint dans lequel je crois lire cette nouvelle déception que lui cause un de ces hommes décidément incompréhensibles ! 

        Il ne m'abandonne pourtant pas et m'accompagne encore, tantôt derrière et tantôt devant, mais à distance, comme espérant un retour en grâce.  

        Mon inconstance m'a fait tout perdre, la promesse d'intéressantes photographies et la chaleureuse complicité du compagnon d'un jour.  

     

                                                                                                                                            Franck Reinnaz

     

     


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    Pourquoi celle-ci ?

          Mes raisons d'aimer cette photographie sont si personnelles, que je me demande si beaucoup l'apprécieront également.

    - C'est la photographie d'une lisière de forêt en fin d'après-midi et ceci connote pour moi ces séances où la nature prend un éclat particulier résultant de mon extrême attention, tous sens bandés au maximum, lorsque j'attend l'imminente apparition des bêtes que j'espère photographier.

    - J'aime quand le soleil bas éclaire latéralement l'intérieur des sous-bois et fait émerger les troncs comme une armée sur le pied de guerre.

    - j'aime les corps torturés des hêtres montagnards. Chacun sa forme improbable et singulière qui lui confère son individualité.

    - Je connais bien cet endroit auquel on n'aboutit qu'après avoir marché pendant cinq kilomètres et s'être élevé de six cent mètres, dans l'ombre dense de la forêt. L'arrivée au sommet est une fête de lumière.  

     

     

                                                                                                                               Franck Reinnaz

     

     


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  • Les heureux caprices de la lumière
         Hier, sous un ciel prometteur, un désir d'image m'a fait sortir, abandonnant la routine des taches domestiques.        Sur le chemin côtier, j'ai choisi cet endroit où le soleil couchant, en arrière-plan, plongeait entre le Cap de la Chèvre et la Pointe du Raz.  Puis, pour insérer cet arbre au premier plan, j'ai quitté le chemin, m'installant en pleine lande pour y attendre l'embrasement de l'Ouest.

         Pourtant et comme vous probablement, je suis un peu déçu de la géométrie simpliste de ces trois bandes horizontales ( terre, mer, ciel ). 

     

    Caprices de la lumière

         

         Ce soir j'ai calculé mon coup, cherchant d'abord sur carte un relief qui casserait la monotonie de ces trois bandes.       Et je me retrouve ici, visant le même point que la veille, sous un ciel de même aspect et donc porteur d'une même promesse d'incendie céleste.

         Mais au final, point d'embrasement !

         Les caprices de la lumière ne sont pas calculables.

         Pas encore.

     

     

                                                                                Franck Reinnaz

                                                                                                                                                                                                                        

                                                                                                                                                             


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  • Du bon usage du bruit en photographie animalière

         Tout photographe animalier veut être aussi silencieux que possible pour éviter la fuite des bêtes.  C'est pourquoi j'ai appris l'évitement des ronces qui accrocheraient, des brindilles qui craqueraient et des pierres qui rouleraient, mais aussi le bon choix de vêtements qui ne crissent pas en frottant, l'enrobage de parties métalliques qui tinteraient en se heurtant et l'usage d'un moufle conçu pour étouffer le bruit d'un appareil photographique malheureusement trop bruyant.

         Et pourtant, regardez ce renard qui s'approche de moi, déjà prêt à bondir vers une présumée proie dont le bruit l'attire.

         Ce bruit c'est celui de mon appareil ( malgré le moufle ), bruit que sur l'instant je maudissais !

         Je connaissais néanmoins d'autres usages du bruit en photographie animalière : Supposez que vous terminiez une séance photo planqué sous votre affût et que vous vouliez repartir. Malheureusement le bruit de votre départ affolera les bêtes. Pour éviter cela vous faites volontairement quelques bruits modérés mais clairement anormaux ( pour elles ! ). Méfiantes, mais sans être affolées, elles regagneront temporairement l'abri de la forêt avant de revenir et vous partirez dans cet intervalle. Si vous les aviez franchement affolées elles auraient désormais évité cet endroit.

         Ou bien encore : Supposez que vouliez photographier une bête au crépuscule et que ses incessants mouvements ne permettent pas de la photographier ( la faible lumière entrainant un long temps de pose, ses incessants mouvements se traduiraient par une image floue). Pour éviter cela, vous faites volontairement un seul léger bruit, mais assez net pour qu'elle l'entende et s'immobilise quelques secondes.

         Evidemment, ces astuces sont d'un usage délicat, fonction des bêtes observées et du bruit ambiant ( vent, ruisseau, ...). 

     

     

                                                                                                                                         Franck Reinnaz

     

     

     


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  • DE RETOUR DE LA FORET

         Levé bien avant l'aube, j'ai lentement gravi le chemin caillouteux qui mène à la lisière de cette forêt, l'une des plus sauvages, des plus isolées et des plus protégées de France. 

         J'y ai passé le jour, alternant les marches attentives avec les repos dans le silence et la solitude, l'appareil prêt à saisir l'image de bêtes fugitives traversant un chemin ou une tourbière.

         Le soir, dans la précoce pénombre des sous-bois, la voix cristalline d'une fillette m'a surpris. Elle et sa mère revenaient d'une de leurs prairies enclavées en forêt.

         Les accompagnant sur le chemin du retour, je jouais au grand-père avec cet enfant à l'esprit pétillant, taquinant/taquiné et me servant de l'écran de mon appareil pour une nocturne leçon de choses sur les vies animales qui l'entouraient à son insu.

     

                                                                                                           Franck Reinnaz

     

     


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