• Philippe Veyrunes , un poète pour Noël ?

     

    Philippe Veyrunes

         Après avoir fait paraître cinq livres auto-édités, de 1995 à 2001, dont quatre aux éditions "Les Presses Littéraires",   Philippe Veyrunes  obtenait en 2003, avec son manuscrit  "La gare levantine ",  le prix Max-Pol Fouchet de poésie ( 1 ) et l'édition du recueil par "Le castor Astral".  

    La renommée de ce prix, justifiée par la qualité des nombreux poètes constituant le jury, promettait à l'auteur d'obtenir pour ce recueil une plus large diffusion et, pour les suivants, le dépassement des limites du compte d'auteur ou de l'auto-édition.  Pourtant le recueil suivant ( "Passeport  pour la nuit" en 2006 ) parut de nouveau à l'enseigne des "Presses Littéraires", alors que ces deux recueils sont très semblables par l'ambiance, la tonalité, les thèmes et la brièveté de leurs proses poétiques.

    "Picturalité, suggestivité, concision et musicalité" caractérisent l'écriture visée par l'auteur ( 2 ), et c'est bien ainsi qu'elle m'apparaît dans ces proses peu imagées, descriptives plus qu'expressives et nimbant d'un léger mystère des scènes à l'allure de rêves éveillés, très discrètement anachroniques ou invraisemblables. Le choix des citations épigraphes ne nous surprend donc pas, confirmant que le poète Jules Supervielle est un des modèles que se reconnaît l'auteur ( 2 ) : 

    " Comme les jupes d'organdi, l'amour va se faner, au gré des jours voraces. Les rires s'éteindront, pareils aux cerceaux mouchés par le vent. Déjà, en longs grincements torturants, le grand bi se désagrège dans le sable noir des regrets. "    ( dans "La gare levantine" , p. 22 )

    L'ensemble se présente comme une suite de scènes où l'auteur présumé présent reste discret, souvent situées dans d'autres pays ou dans un siècle ancien et habitées de personnages peu incarnés, flottant dans une douce atmosphère digne des fables et souvent très vieille France.

     J'imagine que " l'éditeur-moyen " de poésie en ce début des années 2000 juge que cette poésie manque trop de force, d'expression subjective, d'originalité ou de travail sur le langage pour limiter suffisamment le risque financier inhérent à toute entreprise d'édition.

    Tel n'était pas le souci premier des nombreux et renommés poètes du jury du prix Max-Pol Fouchet de poésie.                Ils ont aimé cette poésie.                                                                                                                                      Moi aussi. 

    Je ne prétend pas qu'elle ait laissé en moi une empreinte profonde et qui durera; mais cette lecture fut très agréable et très "Christmas-compatible", en cette brève période où de grands enfants menacés d'arthrose se font ainsi à eux-mêmes pour quelques soirs le cadeau d'une machine à rêves : 

    " Alentour, sourdement, la terre se crevasse, se craquelle et se déchire, du sel à ses plaies. La nuit va fleurir. A l'aube, comme une île claire, le village dérivera, ses amarres rompues. "                                                                               ( dans "Passeport pour la nuit " , page 20 ) 

     

                                                                                                                               Franck Reinnaz

     

    ( 1 ) : Prix organisé par l'association "L'Atelier Imaginaire" créé par Guy Rouquet.                                                                                            ( 2 ) : En fin de lettre à Guy Rouquet , page 81 dans " La gare levantine".

     


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