• PEUPLE GRIS

     

         J'ai découvert la télévision et le cinéma au temps de la chaîne unique et du noir et blanc.                                       La télévision chez des voisins un peu plus "à l'aise" et dont le fils était de mes amis; et le cinéma dans l'annexe d'un bar de village servant habituellement  de salle de restaurant ou de salle de bal et parfois pour une projection de film organisée par l'instituteur.                                                                                                                                     Bercé par l'énergique bourdonnement des projecteurs et le souffle des automobiles défilant à dix mètres sur la grand-route, je fus de ces gamins qui s'agglutinaient autour de l'opérateur manipulant les grandes bobines puis s'alignaient au premier rang sur le banc de bois pour en prendre "plein les yeux" à quelques mètres à peine du drap tendu sur le mur du fond de salle.

         Je ne vais plus au cinéma, me contentant désormais de la télévision dont je regarde, en différé et très sélectivement, des téléfilms et des séries sur les rares chaînes me convenant.

         Pour moi, la différence la plus flagrante entre ce qui se voit aujourd'hui et ce qui pouvait se voir à mes débuts de téléspectateur, ce n'est pas la symphonie des couleurs ni la magie des effets spéciaux, c'est l'absence du peuple ordinaire et particulièrement des travailleurs manuels.  Relativement à leur population réelle ils sont très peu présents et cantonnés, sauf exception, aux rôles secondaires. L'amour, la haine, le désir, l'aversion, la joie, la peine, la volonté, l'adresse ou le talent semblent l'affaire exclusive des seuls commerçants, entrepreneurs, docteurs, commissaires, avocats, journalistes, etc.

         Et pourtant, il me vient un doute : Si, dans mon souvenir, le peuple ordinaire le plus modeste semble plus présent dans un film comme "Hôtel du Nord" ou dans les premières adaptations télévisées des enquêtes du commissaire Maigret, n'est ce pas parce que le faible niveau de vie général de l'époque, de même que la grisaille du "noir et blanc", les revêt rétrospectivement d'un manteau d'apparente pauvreté estompant trompeusement les distinctions sociales ?

     

                                                                                                                       Franck Reinnaz

     

     


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