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    MONUMENTS

     

        Dans un village des Alpes de Haute-Provence, où je pose souvent ma valise, bruit une humble fontaine. Descendue des montagnes, dans de fragiles canaux entretenus au long des siècles, l'eau plonge entre les barres où l'on posait autrefois les seaux et pousse dans le premier bassin le chant d'une vie dont la notre n'est qu'un instant, déborde dans le second puis le troisième et disparaît sous les pavés.                  Toutes formes adoucies  par l'art des artisans et la patine du temps, l'œuvre est modeste et belle.  Belle non pas de ce qu'elle montre mais de ce qu'elle dit. Belle de caractère.                                      Œuvre d'un temps où l'homme produisait lui-même l'essentiel de ses besoins, sinon seul du moins en groupes à taille humaine.  Œuvre d'un temps d'autonomie et de simplicité, quand les pierres du maçon, le bois du charpentier et le fer du forgeron donnèrent naissance à la fontaine. 

    Nous avons perdu cette autonomie, pour plus de confort et de sécurité. A la solidarité concrète dans les communautés restreintes des autonomes s'est substituée la coexistence abstraite dans la société des dépendants, des aliénés, des asservis. Nous sommes devenus, pour la très grande majorité, les infimes rouages d'une immense machine produisant ces choses dont nous disons avoir "besoin" mais en lesquelles aucun d'entre nous ne reconnaît sa création.

    La ville où je vis habituellement s'enorgueillit d'une massive cathédrale. Mais elle n'est pour moi qu'un symbole de l'orgueil des puissants et de l'asservissement des humbles. L'âge des communautés n'était assurément pas un âge d'or.                Il n'y a pas d'âge d'or.

    Simplicité/autonomie contre orgueil/asservissement, laideur d'une cathédrale et beauté d'une fontaine !

    Dans cette ville, le monument que je préfère est formé de trois grands arbres plantés si proches et ayant tant grandi que leurs feuillages se mêlent et n'en forment plus qu'un, habilement taillé pour donner à l'ensemble l'apparence d'un seul arbre dont l'harmonieuse ampleur émerveille.

     

                                                                                                                                    Franck Reinnaz 

     

     


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