• Marc Legros, avis de grand frais sur les vers

     J'ai découvert l'originalité et la force de la poésie du breton Marc Legros, avec son recueil "Manières noires" ( Ed. Apogée ), par hasard dans une bouquinerie au début des années 2000. Ceci s'est ensuite confirmé de recueil en recueil .

    Marc Legros, avis de grand frais sur les vers

    Poète de la côte, les grèves, les marées et les oiseaux côtiers  sont omniprésents dans ses poèmes.  D'une expression directe et parfois proche de l'oralité, , très ancré dans le concret et le quotidien, les quelques gestes ou paroles des personnages de ses poèmes les dessinent d'un trait qui a la vivacité et l'efficacité des caricatures; tout ceci sublimé par l'abondance d'images et de "raccourcis" qui souvent désarçonnent. Parmi ces "raccourcis", nombreux sont ceux qui appliquent le verbe ou l'adjectif le plus concret à un terme abstrait. Ainsi : "Un tourbillon de solitude", "Le vertige troublé du temps", "La résine têtue de l'enfance"... 

    Il en résulte un mélange troublant de quotidienneté concrète et de mystérieuse abstraction. 

    Cette manière d'écriture se retrouve dans l'essentiel de la quinzaine de livres que j'ai de lui , même si le récent "La main de neige" est moins vif et plus mélancolique.          

    Ainsi : le poème XXXIX dans "Les faims premières" ( Ed. Calligrammes ) :

         "Ange boiteux chaviré    

          Dans le saut ridicule des grèves    

         Tu vas    

          Où l'origine ne fait pas souche où    

          Sur les mâts l'effilé des oiseaux    

          N'est qu'une immense lettre    

          Blanche et froide (...)" . 

     Toutefois, quelques livres sont d'une autre allure d'écriture :    

    "Eloge de la palourde" ( Flammarion ) , constitué de proses, est un exercice de style et d'encyclopédisme sur le seul thème de la palourde. Cette "performance", très remarquée à l'époque, est très décalée par rapport à son écriture habituelle, et je dois dire que si je l'avais découvert par ces textes, il est probable que je n'aurai pas été plus loin ( mais c'est une réaction très personnelle, puisque la bonne réception de cet ouvrage lui a valu un prix ).                          "Marée basse" et "Petites chroniques de l'estran" sont d'allures voisines. 

    "Les îles blanches" ( Calligrammes ) ,"Poèmes du voyage" ( La part Commune ) et "Icaria et autres lieux" ( L'Escampette )regroupent des textes écrits sur un vingtaine d'années à l'occasion de voyages. Textes à l'allure de prose, même si versifiée, plus descriptifs, plus narratifs et moins imagés ou dont les images nous désarçonnent moins.

    Et surtout: "Tombeau pour Laurentine C." ( La part Commune ), recueil à distinguer pour trois raisons :                                                                                                                                                             => Sa déclaration de détestation "des jolies rhétoriques apprises et des complaisances"  d'une certaine "poésie poèt poèt, pour laquelle, dit-il, "la Bretagne est en pointe, tradition bardique oblige". Jugement trop sévère pour la Bretagne, dans la  mesure où il oublie les nombreux poètes bretons à l'expression très directe, réaliste et sans complaisances, qui se sont ainsi affirmés peut-être par réaction ( lui-même, A.Jégou, J.Josse, A. Le Beuze, J.P Nedelec , P. Keineg ,Denis Rigal, etc.) et d'autre part, les autres poètes bretons qui, sans afficher la même verdeur dans le réalisme ou la même âpreté, maintiennent une exigence de qualité, de sincérité et de rigueur qui les prémunit contre les tares de la poésie poèt poèt ( P.Argenté, C.Couliou, Guénane, L.Padellec, etc.)                                                                                            => l'ensemble nommé "Tombeau pour Laurentine C.", pour sa pétulance, son pittoresque et son oralité .                    => l'ensemble nommé "Manières jaunes", dont je regrette ce qui parfois vise les personnes et non leurs textes, mais dont j'apprécie la truculence des caricatures versifiées de cette poésie poèt poèt , ainsi que les éclairages sur ce qu'est devenue son activité de poète, comme par exemple en page 83 :  

    " La poésie et moi ca va beaucoup mieux   

      Nos rapports sont disons                 

      Plus directs plus naturels                 

      On n'entre plus dans ce sanctuaire                                                                                    

      Où il fait froid où                 

      On respire avouons-le bizarrement            

      Et ce seuil invisible qu'on franchit soi-disant  (...)"

     

                                                                                                                        Franck Reinnaz 

     

       


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