• L'inactualité poétique

         Mes lectures poétiques actuelles ou prochaines sont alignées en face de moi, sur l'étagère : Jean-Michel Franck : "Changer d'Orient" (Obsidiane 1988), Jacques Laurans : "L'avant-dernier jour" (Farrago 2003), Antoine Emaz : "De peu" (Tarabuste 2014), Mario Luzi : "La barque" (La Différence 1991) et Pierre Torreilles : "Denudare" (Gallimard 1993).

    Rien ici qui fasse la une de l'actualité éditoriale, comme c'est aussi le cas pour les recueils que je vous présente périodiquement dans la rubrique "Critique" sur ce blog.                                                                                     Négligée par la plupart des librairies, la poésie offre le luxe de l'inactualité à ses tenaces lecteurs familiers de ce parcours d'exploration d'un territoire caché : Ou bien chercher de précédents recueils d'un auteur dont une précédente lecture nous a plu et qu'on avait lu par hasard, ou bien découvrir dans une revue quelques textes d'un auteur qui nous plaît ou nous intrigue, chercher des informations bibliographiques, consulter les sites internet de ses éditeurs puis choisir un recueil "pour voir", probablement pas récent. Et même récent ce recueil se trouvera difficilement en librairie et devra faire l'objet d'une commande à l'attention de l'éditeur, comme il en serait évidemment pour un recueil ancien, lequel recueil ancien serait souvent encore disponible puisque la vente des livres de poésie s'étale sur de longues années. La dictature de l'actualité ne règne pas en poésie et les effets de mode y sont bien plus lents qu'en matière vestimentaire.

         S'il en est ainsi, c'est d'abord parce que l'auteur-poète n'a pas lui-même pour thème l'actualité.                           Les poèmes de circonstance vieillissent plutôt mal et si, comme je le pense, les poètes sont les diseurs de la présence ( Présence au monde / Présence du monde ) c'est d'une présence inactuelle: Ce qui de l'instant présent échappe non seulement aux regards des gens ordinaires mais surtout à l'ordinaire de nos regards, y compris "intérieurs", trop formatés par l'habitude et l'intérêt. Mais c'est également parce que le poète n'est que rarement, dans son rôle d'auteur, un acteur saillant de l'actualité sociale : Absorbé par les aspects fugitifs ou négligés de l'existence et du monde, il est rarement en phase avec la foule ordinaire et, d'autre part, à l'exception de certains poètes universitaires, il est contraint d'exercer une activité professionnelle sans rapport avec la poésie pour s'assurer les moyens de son existence et consacre à la lecture et à l'écriture l'essentiel du temps resté disponible.

                                                                                                                          Franck Reinnaz

     

     


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