• L'écume du quotidien

      

    Je viens de lire l'histoire des guerres de religions en France ( 1 ) , dont l'essentiel se déroula de la fin du 16ième à la fin du 17ième siècle.

    Par-delà ma sidération face à la violence inouïe de l'époque, plus sauvage encore que celles de groupes actuels souvent qualifiés de "moyen-âgeux", j'ai retenu quelques aspects instructifs:

    - L'imbrication étroite et constante des motifs religieux avec des motifs sociaux ou politiques souvent prépondérants : Pour les classes dominantes : la rivalité entre la grande noblesse (dont le haut-clergé) et le pouvoir royal, en cours d'affermissement mais encore mal assuré, et les rivalités entre les différents clans de cette grande noblesse.              Pour les classes dominées : la fréquente imbrication des motifs religieux avec des revendications sociales révélatrices des mouvements de fond, encore souterrains, qui aboutiront bien plus tard à la révolution française.  

    - Les élites dominantes usent du motif religieux comme d'une arme ou d'un prétexte dans leurs conflits qui les opposent entre eux ou au pouvoir royal ; d'où les nombreux retournements de vestes quand des meneurs financiers ou militaires d'un camp passent au camp opposé et inversement.

    - Le pouvoir royal use pareillement du motif religieux pour sa lutte visant à affermir son pouvoir sur les élites dominantes.

    - Cette dispersion du pouvoir entre élites dominantes et royauté, et la fragilité de celle-ci, entretiennent une sorte d'anarchie faisant parfois penser aux pays que les récentes interventions militaires occidentales ont contribué à transformer en "états faillis".

    - Même si sont nombreux ceux pour qui le motif religieux est l'essentiel, surtout chez ceux qui constituaient les classes moyennes de l'époque ( dominés/dominants ), il est rarement le seul motif. Et surtout, il n'aurait jamais suffi pour que ces troubles prennent une telle dimension, embrasent un tel espace et durent si longtemps.

    La leçon que j'en tire pour l'histoire présente est qu'il faut s'efforcer de dévoiler les autres mobiles, politiques ou sociaux, derrière les revendications religieuses des forces actuellement en lutte dans le monde musulman et chercher à faire apparaître derrière l'écume des incidents quotidiens les mouvements de fond de longue durée auxquels les provisoires interventions militaires extérieures ne changent rien.                                                                                                Ces récentes interventions ont d'ailleurs souvent contribué à prolonger le carnage quand elles affaiblissaient temporairement le fort et renforçaient temporairement le faible (2) alors que les précédentes interventions  avaient  contribué à établir dans certains des pays en cause l'anarchie violente des "états faillis", et que de plus anciennes interventions n'avaient tracé les limites de certains de ces pays que par des artifices gros de troubles à venir (3).

     

                                                                                                                                         Franck Reinnaz

     

    (1) : Pierre Miquel, "Les guerres de religion" , Ed. Fayard 1980                                                                                                                               (2) : le sentimentalisme et  l'inconstante action des démocraties aboutissent souvent à cela.                                                                                     (3) : Séquelles du colonialisme.

     


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :