• Interventions à Haute Voix N° 56 et Gérard Cléry

        

         Constitué à partir du mot d'ordre "Indignons-nous ", Interventions à Haute Voix N° 56

    ce numéro 56 de la revue Interventions à Haute Voix (nov. 2016) tombe à pic pour illustrer les ruminations exprimées ou recueillies par Claude Vercey dans la revue Décharge N°171 ( Sept.2016) et relatives à la poésie de circonstance.

         Des poèmes de circonstance, Claude Vercey constatait que " la plupart, il faut aussi le dire, ne sont pas des réussites" mais également que " si la poésie de circonstance est une des plus hautes expressions possibles de la poésie, elle est aussi l'une des plus risquées ".                                                         Je dirai même plus : C'est aussi parce qu'elle est l'une des plus risquées qu'elle est l'une des plus hautes expressions possibles de la poésie. La valeur des réussites tient aussi au grand nombre des échecs.

         Les raisons de cette difficulté sont multiples et je n'en citerai que deux :   - Si le poète s'affirme par un regard décalé, une vision originale du monde et de la vie, le renchérissement sur les sentiments ou les opinions les plus communes est a-poétique.                                                                          - Si le poète s'affirme comme une voix qui peine à exprimer ce qu'elle ignore avoir à dire, le déroulement maîtrisé d'un discours est a-poétique.                                                                                                                                           - Etc. 

         Assez inévitablement, la plupart des poèmes figurant dans cet IHV 56 ne m'ont guère séduit par leurs qualités strictement poétiques même s'ils ont pu m'émouvoir. Cela ne signifie pas que cet IHV N°56 ne soit pas le bienvenu, bien au contraire : l'indignation est très insuffisante et très nécessaire ( je me suis expliqué en détail sur ce sujet dans mon précédent article de ce blog daté du 26 décembre 2016 ).

    Les quelques textes qui m'ont séduit font partie de ceux qui se sont affranchi du thème proposé :                                   - Basile Rouchin propose trois brèves proses d'une écriture précise et sobre, nous dessinant d'humbles vies dans des situations attendrissantes, brutales ou tragiques.                                                                                                        -Jean-Jacques Nuel, dans ses deux brèves proses, noue méthodiquement les nœuds absurdes de ses habituelles situations kafkaïennes suscitant le sourire du lecteur plus que son inquiétude.

         Mais ce sont les poèmes de Gérard Cléry qui sont pour moi l'essentiel de cet IHV 56, et de très loin !                 Dans une première partie, d'âpres et secs poèmes versifiés alternent avec des proses plus amples et dessinant nerveusement de bris de guerre, de mort et d'amour des "tableaux-Guernica" dont " l'âcreté du soufre emplit la bouche qui en parle ".                                                                                                                                                      La deuxième partie déroule un long poème-chanson dédié à Guy Allix que l'on imagine bien, en effet, chanter l'obsédant balancement des alexandrins mélancoliques ou désabusés d'un pour qui la mémoire et le corps pèsent chaque jour un peu plus " les bras chargés d'amis que varlope la mort ".

     

                                                                                              

                                                                                                                            Franck Reinnaz

     

     

     


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