• Hasard

    Hasard

         On a passé des heures dans la forêt, progressant très lentement à marche très prudente, évitant la brindille qui craquerait, la pierre qui roulerait, la ronce qui accrocherait ...

         On a marqué de fréquentes pauses pour entendre et lire les bruits que la marche étouffe, et pour très lentement fouiller du regard le treillis végétal à la recherche de formes ou de mouvements que la marche efface et qui signeraient la présence des bêtes espérées, si massives et pourtant si discrètes.

         Bredouille et fatigué, on s'obstine mais l'œil est moins vif, l'oreille moins claire et le pied moins léger. Les brindilles craquent, les cailloux roulent et les ronces accrochent.

         C'est foutu, on s'arrête, on renonce.

         Et c'est là, dans le silence et l'abandon, qu'émerge et monte un de ces bruits qu'on entendait à peine jusqu'alors, car n'annonçant rien de ce qu'on visait obsessionnellement : Un pépiement discret mêlé au chant léger d'un ruisseau glissant entre les hautes herbes, un petit oiseau fragile baignant dans la lumière et l'eau et dont on saisira l'image, par réflexe.

         C'est bien après, devant l'ordinateur, qu'on verra vraiment ce qui s'était offert par surprise: L'éclat de l'eau, la fleur jaune, le bel aspect de la pierre,...

         L'erreur était d'avoir un but. On n'est jamais bredouille quand on ne vise rien.

     

                                                                                                                                          Franck Reinnaz

     

     


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