• Gérard Bocholier : " Le village emporté " ( Ed. L'Arrière-Pays , 2013 )

     

     

    Gérard Bocholier : " Le village emporté "  ( Ed. L'Arrière-Pays , 2013 )

         Qui mieux que Gustave Roud pouvait être cité par Gérard Bocholier en exergue de ce recueil de proses poétiques pour annoncer au lecteur sa plongée dans la houle des souvenirs insubmersibles d'une enfance campagnarde ?

         Quatre-vingt cinq pages pour autant de tableaux de scènes rurales dans la Limagne des années cinquante, peuplés de gens simples s'activant aux métiers ruraux ( vendangeur, fossoyeur, porteur de hotte, fouleur de cuve, bouilleur de cru, trieuse de pommes, chiffonnier, commis, jardinier, épointeur, sulfateur, faucheur, maître d'école ...) et semés d'objets de très long usage assurant le relais entre les générations :                         " Dans le grenier, sous la charpente craquant encore de tous ses os, finissent de sécher de grands draps de fil. On ne distingue plus l'entrelacs des initiales que des doigts à présent réduits en poudre brodèrent pendant des mois, des années." ( pages 42 )

         Dans ces proses strictement descriptives, au langage précis, fluide et affuté, rien ne manque et rien n'encombre.       Souvent imagées, mais d'images si discrètes, si évidentes, que cette absolue maîtrise d'expression s'efface dans leur apparente simplicité, toute de netteté et de transparence.       

         La teinte dominante est automnale et douce sans mièvrerie, comme il en est généralement du monde redessiné par nos souvenirs, sans taire néanmoins la dureté de certaines vies campagnardes dans quelques pages où l'on s'étonne de croire entendre Jacques Josse :                                             " Il boit sa paie de la semaine tous les samedis et dimanches chez une femme accueillante à tous les ouvriers de la terre qui aiment la belote, lui apporte du vin blanc et du tabac gris. Le mari malingre n'est pas jaloux. Les pensionnaires laissent de belles étrennes aux enfants. Eugène rentre chez nous, à la chaloupée comme un marin en escale, puant l'anis ou l'eau de vie. Le lundi à l'aube, le voilà sur pied, le fessou à l'épaule (...) " ( page 24 )

         Je ne vous cacherai pas qu'une part de mon attirance pour ces textes tient à ma familiarité avec le monde d'enfance se dévoilant ici, car j'ai participé " moi aussi, à ces meurtres, par ma présence complice : le sac de viscères sorti tout chaud de la fourrure, puis fendu, laissant tomber son contenu qui fume. Et cette odeur de mort fraîche, que la poche de fiel, crevée par mégarde, rendait indélébile ..." ( page 29 ).

     

     

                                                                                                       Franck Reinnaz

     

     


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :