• Genre et poésie

     

         Dans la revue Décharge N° 172, parue en cette fin d'année 2016, Murièle Camac nous communiquait le résultat d'une enquête réalisée par elle auprès des librairies ou bibliothèques qu'elle fréquente et recensant sur quelques semaines les auteurs dont les livres sont mis en avant au rayon poésie.                                                                                       Elle constate, comme elle s'y attendait, qu'à peine plus de 10% sont des femmes, et elle en conclut que " les femmes poètes ne sont pas considérées de la même façon que leurs homologues hommes, elles ne bénéficient pas de la même exposition, de la même publicité, des mêmes occasions de trouver un public."

         Cette conclusion s'impose si et seulement si les femmes poètes représentent nettement plus qu'un dixième du vivier de poètes où les éditeurs choisissent leurs auteurs de recueils parmi lesquels les libraires choisissent ensuite leurs "têtes de gondole".

         C'est bien aussi mon impression, mais pour mieux m'en assurer, j'ai d'abord compté le nombre de femmes poètes actuelles figurant au sommaire des deux dernières années de la dizaine de revues poétiques (1) auxquelles je suis abonné et il apparaît que ces revues nous font entendre un tiers de voix féminines.                                                               J'ai ensuite procédé au même comptage pour les éditions de recueils poétiques de poètes vivants et ceci chez une quinzaine d'éditeurs (2) concentrant une grande part de l'édition poétique à l'exception des éditions de plaquettes comme des éditions de "prestige" ( essentiellement Gallimard ) et il apparaît que ces éditeurs nous font également entendre un gros tiers (37%) de voix féminines. (3)

         Mais il semble en être tout autrement pour les grands éditeurs : cette proportion chute ainsi à 13% pour la galaxie Gallimard ( Gallimard, Mercure de France et La Table Ronde).

         La conclusion de Murièle Camac semble donc pertinente et l'hypothèse que j'envisage tient à la prééminence accordée par les libraires aux grands éditeurs ( et particulièrement Gallimard ) pour la constitution des têtes de gondoles de leurs rayons poésie. 

     

                                                                                                                            Franck Reinnaz

     

     

    (1) : Verso, Intervention à Haute Voix, Arpa, Friches, Décharge, A l'index, Diérèse, N47,Encres Vives, Spered Gouez, Contre-Allées, Comme en Poésie.

    (2) : Tarabuste, Jacques André, Soc et Foc, Al Manar, Henry, Le bruit des autres, La passe du vent, Bruno Doucey, Lanskine, La rumeur libre, Isabelle Sauvage, L'arrière-pays, Cheyne, Castor astral, Rougerie.

    (3) : Bien que le nombre de références notées soit trop important pour qu'elles soient citées ici ( presque un millier pour les parutions dans les revues prises en compte et presque deux cent pour les recueils), mon analyse n'est pas exhaustive. Mais je ne crois pas que cela puisse invalider les ordres de grandeurs des proportions constatées.


  • Commentaires

    1
    Dimanche 22 Janvier à 15:26

    Merci beaucoup Franck Reinnaz pour cette enquête sur la présence des poètes femmes chez les éditeurs — complément éclairant à ma propre enquête.

    Je pense que votre hypothèse (les libraires suivent les grands éditeurs) est en partie valable mais je ne suis pas sûre qu'elle suffise à expliquer entièrement le phénomène : les librairies que je mentionne dans mon enquête ont de bons rayons poésie et présentent souvent de petits éditeurs à côté des grands. Or même dans les ouvrages de ces petits éditeurs, peu de titres ayant une femme pour auteur...

     

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