• Françoise Ascal

    De Françoise Ascal, je connais surtout les Journaux qui, par certains côtés, rappellent ceux de Charles Juliet.                  Journaux de proses narratives à coloration poétique où se disent, dans une langue épurée, toute d'austère honnêteté et de simplicité, mais fragilisée par le travail tenace du doute :

    - la ronde des souvenirs :

    " C'était l'heure d'un rendez-vous. Elle voyait près d'elle la pipe longuement polie au cours des années, compagne médiatrice d'une autre présence, qui descendrait en elle, bientôt, dans le rituel des gestes lents et inchangés (...)"  ( 1 )  

    - l'empathie douloureuse pour le malheur d'autrui, longuement côtoyé dans les hôpitaux, et donnant à lire des portraits d'une rude netteté :

    " Pierre : Sous les vingt ans, le vieillard perclus est déjà là, en filigrane. Dos vouté, tête rentrée dans les épaules. Avant de faire un pas, les yeux mesurent l'espace, apprécient l'effort à faire. Le feu est là, pourtant, sous la peau grise et les ailes du nez transparentes à force de minceur (...)"  ( 1 )  

    - l'interrogation sur l'écriture :

         Dans le doute : " Travail d'écriture. Déplaisant de se relire. Trop, toujours trop, d'inessentiel. Faut-il épurer davantage, quitte à n'avoir plus qu'une arête sèche sans le moindre filet autour ? Insatisfaite d'une manière ou de l'autre."  ( 2 )

         Ou dans la confiance : " Ecrire contre la mort. Contre le temps, contre la montre. Ecrire pour parachever ce qui a été à demi vécu et que seule la reprise dans le filet des mots porte à la plénitude" .  ( 3 )

    - le réconfort de la musique et de la nature ( jardins, oiseaux et fleurs...) :

    " Entretenir le feu, ramasser les fruits, travailler au jardin, écouter une cantate de Buxtehude ou lire quelques pages soigneusement choisies. (...)"  ( 3 ) 

    La parole de Françoise Ascal se dit parfois dans la lumière, et parfois dans l'ombre d'un malaise existentiel dont on ne sait s'il fut relativisé et donc atténué, ou au contraire réactivé et entretenu par sa longue fréquentation des malheurs et douleurs d'autrui, malgré l'éclat de quelques beaux caractères aux corps souffrants.                                                     L'aspiration métaphysique affleure parfois dans certaines références discrètement mentionnées.

    Ecriture en perpétuel balancement dans la quête d'un équilibre toujours menacé :

    " On souhaite une vie profonde, axée sur l'essentiel, on privilégie le sens de la méditation et c'est alors qu'on peut s'enliser en soi-même, ou se pétrifier dans l'immobilisme, faute d'oxygène, faute de savoir ou pouvoir se renouveler.      On recherche l'action , la régénération grâce au contact extérieur, aux multiples rencontres et c'est l'éparpillement, le temps morcelé, l'unité à tout jamais inaccessible.                                                                                                    Sur un fil , toujours."   ( 3 )

     

                                                                                                                Franck Reinnaz

     

    ( 1 ) : dans le recueil " Cendres Vives " ( Ed. Paroles d'Aube )

    ( 2 ) : dans le recueil " La table de veille" ( Ed. Apogée )

    ( 3 ) : dans le recueil " Le Carré du ciel" ( Ed. Apogée )

     


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