• ( En ) Compagnie de sangliers

    Un après-midi du printemps 2014 Compagnie de sangliers

    dans la petite combe d'une clairière de forêt lozérienne, je m'étais installé pour l'affût sous un jeune pin dont les branches basses, retombant au sol, me camouflaient partiellement. Après avoir, selon mon habitude, complété mon camouflage par l'ajout de branches mortes ramassées dans les environs, j'avais braqué mon téléobjectif vers le théâtre de verdure puis entamé cette longue et silencieuse attente de la fin du jour, nécessaire pour que se fassent oublier les bruits de mon activité de préparation et que se dissipe l'odeur que j'avais disséminée lors de mes multiples explorations de la zone, elles-mêmes nécessaires pour "comprendre" les lieux et choisir l'endroit de l'affût.

    Théoriquement attentif au spectacle de la combe, pour saisir les opportunités apéritives qui, dans l'attente de la scène finale et magistrale, s'y présenteraient inévitablement ( renard en maraude, lièvre furtif, rapace tombant saisir une proie, etc.) et bercé par les vocalises d'oiseaux énivrés de lumière et de couleur, je n'avais encore une fois pu résister à l'inévitable marée de réflexions et rêvasseries qui montait noyer cette plage de temps figé et que j'écopais illusoirement en les versant de temps en temps dans un carnet.

    L'audition d'émergentes notes de clarines m'avait ramené sur terre pour assister à l'arrivée d'un troupeau de vaches lozériennes qui dans cette région paissent sur de vastes espaces ouverts embrassant prés, landes, et forêts.                   Si bêtes sauvages et vaches voisinent fréquemment, elles ne se mélangent tout de même pas et c'est pourquoi, très dépité, je me disposais à quitter les lieux quand ces dernières s'en sont éloignées, n'y étant venues que pour boire au ruisseau du creux de combe avant de rejoindre des herbes plus savoureuses.

    Toute mon attention ravivée avec l'entame de la cruciale dernière demi-heure de jour, je m'étais retourné silencieusement, alerté par de légers bruits de froissements ou frôlements, pour découvrir une compagnie de seize  sangliers qui s'approchait et allait se livrer à ses travaux de fouissements nourrisseurs dans la zone que je ciblais.       Vous pouvez imaginer l'émotion de quelqu'un qui n'avait jamais connu des sangliers que de vagues ombres solitaires s'effaçant dans la nuit des sous-bois et qui assiste à cinquante mètres de lui et pendant quinze minutes à l'inlassable activité de seize bêtes, rythmée par l'incessant balancement de leurs courtes queues et fréquemment perturbée de brèves chamailleries.                                                                                                                                                 Quand l'une se redressait et se figeait tête braquée dans ma direction, je pensais que mon histoire cesserait là si la compagnie m'assaillait, saisie d'un très improbable accès de rage.                                                                           Bien sûr, je ne le craignais pas vraiment et savait que le moindre bruit de ma part ou le moindre caprice du vent leur portant mon odeur suffirait à déclencher la cavalcade d'une bruyante fuite. 

    C'est d'ailleurs bien ce qui eut lieu !    

                                                                                                                                                   

                                                                                                                                          Franck Reinnaz

     

     

     

     


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