• DECHARGE 171

         Le numéro 171 de la revue DECHARGE 171

    de poésie DECHARGE (1) a paru en ce début d'automne .    J'ai déjà détaillé dans l'article du 27 Oct. 2015 la liste des rubriques habituelles de cette revue.                                  Pour ce dernier numéro, je me limiterai à ce qui a le plus attiré mon attention : Le dossier " Françoise Ascal " et particulièrement son entretien avec Bruno Berchoud, La lettre de Ivan Ch'vavar, les poèmes de Marie Evkine, l'habituelle rubrique de réflexions de Mathias Lair sur la poésie et, globalement, le ton dominant de profonde humanité, de simplicité et d'authenticité caractérisant cet exemplaire de la revue.

         Françoise Ascal et Bruno Berchoud figurant parmi mes auteurs préférés, comme en témoignent mes articles des  21 Mars 2015 et 30 Avr. 2015, je ne pouvais que lire avec grand intérêt cet entretien. J'y retrouve mention d'aspects notés dans ces articles ( l'inclination métaphysique, certaines ressemblances avec l'écriture de Charles Juliet, la proximité jamais évitable du tragique,...).                                            Je dois avouer que la sérénité et l'assurance apparente de la poétesse m'ont un peu étonné, mes lectures m'en dessinant un caractère plus sombre et plus exposé au doute. Mais elle répond partiellement à mon interrogation en page 20 :

    " Malgré mes aspirations à la légèreté, entendue comme une capacité de détachement ou tout au moins de distance heureuse, je suis incapable de quitter le terrain d'une quête de sens [...]  Cela m'oriente vers une forme de gravité pas vraiment choisie [...] La conscience de la dimension tragique de la condition humaine ne m'a jamais quittée [...] " 

    J'ai aussi apprécié dans cet entretien la reconnaissance du côté artisan de l'artiste.

         La lettre d'Ivan Ch'vavar est admirable de précision et d'honnêteté intellectuelle. Comme le dit justement Cl. Vercey,  il est rare qu'un poète réfléchisse avec une telle clarté sur ses outils de travail. J'approuve aussi ce que dit Ivan Ch'vavar sur la possibilité pour la poésie de témoigner de son époque : " Le poème est sûrement l'outil le moins efficace pour le faire ! "( p. 56 ). Sur certaines poésies qui se firent témoin de leur époque, je remarquerai toutefois que si beaucoup furent médiocres d'un strict point de vue littéraire, elles furent souvent parmi les plus diffusées et les plus lues.

         Marie Evkine, je la découvre ici. Avec sa voix fraîche malgré son " âge presque grand ", son impertinente pertinence, son endolorie sérénité, sa poésie bien ancrée en " terre où [s]es pieds sont racine ". Comme quoi la simplicité et la profonde humanité ne sont pas nécessairement " emmerdantes " ( voir ci-après ).

         Mathias Lair nous avoue : " Parfois la poésie m'emmerde ": " On est revenu à une écriture de bon ton, équilibrée, lisible, bannissant tout excès [...] dégageant un parfum d'exquise sensibilité ". Voilà un aveu qui pourrait être assez communément exprimé, d'autant que ce " parfois " nous laisse une grande marge d'appréciation. Le problème du chroniqueur tient au nombre d'autres types de poésies qu'il semble trouver sinon emmerdantes du moins agaçantes ou, au minimum, insatisfaisantes : les performances, le refus du sens, l'errance d'une parole aux confins du silence, le doux bercement des métaphores ... Ses réflexions aboutissent à cette question finale: " Peut-être, après tout, faudrait-il tourner la page, ranger la poésie avec les religions d'antan . Je ne m'y résous pas ..." . 

    Pour ma part, ma sœur cadette, totalement étrangère à la littérature et plus encore à la poésie, m'interrogeait ainsi quatre ans auparavant : " Dis, la poésie ça s'rait pas un peu comme la religion ? ".                                          Bien entendu, j'avais alors idiotement trouvé idiote cette question.                                                                           Mais aujourd'hui je répondrais : Ou bien le supplément poétique à la littérature est de l'ordre d'un divertissement,            ou bien cette question se pose. 

     

                                                                                                                                    Franck Reinnaz

     

    P.S : J'ai oublié de mentionner la densité et l'éclat des pages couleur agrémentant la revue depuis qq années.

     

    ( 1 ) : revue créée et dirigée par Jacques Morin, secondé par Claude Vercey.                                                                                                Pour toute info, consulter le site internet :  www.dechargelarevue.com

     

     


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