• C'EST TROP !

        

         Lecteur assidu de revues poétiques, j'attend beaucoup des articles de recensions-critiques.                                     Ceux-ci sont de nature très variables, se situant entre deux extrêmes :  D'un côté, de simples recensions nous informant seulement de la parution des ouvrages et, d'un autre côté, de longs articles où le critique fait feu de tout bois et nous éblouit d'étincelantes formules, témoignant ainsi du meilleur et du pire en poésie: l'ampleur des résonnances que peut éveiller un poème chez un lecteur et l'ivresse interprétative débordant outrageusement ce qui la motivait. 

         Je découvre souvent des critiques de recueils déjà lus par moi et qui d'abord m'impressionnent par leur "puissance d'interprétation" d'une multitude de détails et par l'ampleur et la complexité des commentaires relatifs à chacun de ces détails: Par exemple sur la raison et l'effet d'une concentration de syllabes claires dans telle strophe, ou sur la banalité de telle expression et qui serait volontaire pour telle raison plus ou moins tortueuse et subtile... Comme si le critique avait assisté, dans la tête de l'auteur, au laborieux déroulement d'un artisanat d'écriture, comme s'il y avait assisté aux réflexions déterminant le choix de telle virgule, de tel mot , de tel enjambement ...                                                       A lire de telles critiques, nous nous sentons médiocres, honteux un peu des mots trop laborieux pour exprimer une vision trop courte.                                                                                                                                                       Mais c'est trop !  Comment le critique peut-il détailler et justifier à ce point l'écriture d'un authentique poème alors que le propre de la poésie, du moins pour son premier élan, est de couler sans cause et sans dessein puis de conserver cette spontanéité malgré des retouches nécessairement limitées.                                                                                       Ce n'est pas que cette abondance d'interprétations et justifications comprenne nécessairement une grande part d'arbitraire, c'est plutôt que le critique s'avère être trop sensible aux connotations particulières que ces mots réveillent en lui et trop auteur lui-même pour ne pas s'imaginer écrivant le poème. Les connotations étant essentiellement individuelles, le risque d'un critique hyper-sensible est de nous parler d'une version du poème accessible à lui seul. 

         Ces critiques nous informent d'autant moins que leurs textes à prétentions discursives usent souvent d'un langage poétique. Métaphysique poéticienne où les analogies simulent les équivalences et où les jeux de mots valent démonstration, etc.    

    Si la fonction d'un critique est d'informer ses lecteurs, ne devrait-il pas user d'un langage aussi proche que possible du langage ordinaire ?

     

     

                                                                                                                         Franck Reinnaz

     

     


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :