• C'EST ICI

     

         J'ai souvent échoué à montrer, par le moyen d'une image photographique, ce qui d'un lieu me séduisait pour une habitation possible. Parce que manquait l'image de l'approche progressive du lieu qui m'avait préparé pour son accueil favorable par de périodiques aperçus aux détours du chemin, comme manquait aussi la qualité particulière du silence de cet accueil. Mais surtout parce que l'image ne disait rien du sens et de la valeur pour moi d'aspects du lieu souvent négligés par d'autres. 

         Par exemple, cette quasi-ruine bâtie à mi-pente, visitée en contrebas des Boutières Ardéchoises.                         Ressortant des vieux murs dont l'état m'avait fait douter, quelques secondes dans l'ombre du vieux tilleul sur la terrasse de terre battue m'avaient suffi : Ce serait ici.                                                                                                         Face à la ruine, plus bas dans la vallée, vivait un village assez distant sans l'être trop, c'est à dire pour être entendu sans être compris et pour être vu sans être lu, assez audible et visible pour atténuer la solitude du lieu mais pas assez pour en gâcher le calme et le silence; et plus loin encore, l'ouverture de la vallée vers l'est promettait le réveil-matin des soleils matinaux, leur appoint d'énergie pour attaquer les jours.                                                                                           Dos aux vieux murs, comme pour les protéger, l'arc final d'une combe montait au ciel accrocher ses rideaux de verdure forestière après quelques terrasses abandonnées et les restes d'une vigne.                                                               Des traces d'anciennes vies attendaient leur réveil pour de nouveaux jours besogneux où, patte après patte, avancerait l'obstinée chenille des heures quand les mains seules penseraient des pensées de marteau, de bêche et de truelle, chassant les idées vaines dont les mots compliqués moisiraient dans les livres et l'ombre des greniers.  

     

     

                                                                                                                    Franck Reinnaz

     


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