• BENOIT DAMON : " RETOUR A OSTENDE " ( Ed. Champ Vallon 2016 )

     

    BENOIT DAMON : " RETOUR A OSTENDE " ( Ed. Champ Vallon 2016 )

         L'écrivain et poète suisse Benoît Damon a fait paraître en 2016, aux éditions Champ Vallon, un ensemble de proses poétiques sous le titre de " Retour à Ostende ".

         A l'exception du dernier d'entre eux, chacun des neufs textes proposés est précédé de la reproduction d'un tableau du peintre James Ensor représentant des personnages grotesques ( dont de nombreux squelettes et masques de carnaval ) et des situations invraisemblables dignes de rêves échevelés, l'auteur nous proposant une tentative d'interprétation dudit tableau sous la forme de monologues des personnages représentés ou d'un observateur extérieur (1). Tout en s'attachant à intégrer le moindre détail du tableau dans cette interprétation, ces monologues délirants et sarcastiques  prétendent nous révéler la vérité d'êtres souvent médiocres, d'âmes mesquines et de corps automates, mais ces vérités assénées sont plus concurrentes que cohérentes :                " Une crève-la-faim à la croque-au-sel comme toi, un marmiton de boui-boui portuaire, une souillarde camphrée de gargote à pouilleux toujours en train d'écorcher l'anguille par la queue et de resservir d'écoeurantes gallimafrées (...)"  ( p 103-104 )

         Dans ces textes, comme le suggère l'extrait précédent, la forme domine le fond : le signe perd sa transparence au détriment du sens devenu mystérieux, comme dans les tableaux eux-mêmes.          Cela confère aux textes leur qualité poétique, avec la scansion incessante d'expressions délirantes et pittoresques, l'onirisme des scènes, l'invraisemblance des situations, les coqs-à-l'âne... :                                                                    " Pour vous servir, je décroche les pendus quand on le désire. Je ramasse et parfois relève ce qui est tombé. J'ai ce qu'il faut pour laver la tête aux mécontents. J'efface les traces des corps disparus malgré eux. Je remets le compteur des mémoires à zéro. Je secoue les puces aux aplatis. Je retourne la cervelle des simples d'esprit (...)"  ( P 54 )

    C'est se saouler plaisamment que de lire chaque texte rapidement et sans pause. Cul sec !

     A déguster sans modération.

     

                                                                                                                    Franck reinnaz

     

    (1) :  Dans la recension de ce même livre par Richard Blin dans le dernier numéro du "Magazine des Anges",  j'apprend que cet observateur extérieur pourrait souvent bien être James Ensor tant ce qu'il nous dit de lui-même semble faire allusion à la biographie du peintre. L'écriture de ce livre ne serait donc pas seulement un exercice ludique d'interprétation arbitraire des tableaux du peintre mais résulterait aussi d'une préalable connaissance approfondie de ce dernier.

     

     

     


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