• ARPA 114

     

    ARPA   114

        

         La revue ARPA, dirigée par Gérard Bocholier, est une revue principalement anthologique (1) (2).   D'un lyrisme généralement mesuré, bien que diffusant parfois un léger parfum mystique, les poèmes y sont toujours d'une grande maîtrise d'écriture, et témoignent  généralement  d'une  intense  "vie intérieure". Malgré cette grande exigence de qualité, la revue sait donner aussi la parole aux voix nouvelles.

         Ce numéro 114 débute par un dossier sur Pierre Dhainaut. Parmi les inédits présentés, j'ai surtout remarqué le texte en prose traitant de la naissance des poèmes et intitulé "Avec l'éclair la graine". Comme déjà dans la récente revue Diérèse N° 64 (3) , Pierre Dhainaut nous parle ici de la spontanéité du poème et de la surprise d'une naissance dont le poète n'est que l'accoucheur:   

    " Une voix suffoquait, enfouie au fond de toi comme au fond de la langue : tu l'écouteras grace au poème, tu l'amplifieras [...] N'intervenons que pour ne pas intervenir ou pour le faire le moins possible, fions-nous à l'énergie de l'écoute [...] " (p. 10)

    L'entretien de l'auteur avec Marc Fontana lui permet de préciser et développer l'expression dense et métaphorique du texte cité ci-dessus. Pour lui, savoir et volonté de dire dévalorisent les poèmes.

    Un bref essai de Pierre Maubé présente quelques thèmes prégnants chez Pierre Dhainaut, parmi lesquels, de nouveau, celui de la naissance des poèmes dont le langage aurait été "donné à fleur de lèvre parce que déjà présent, près d'éclore. Il ne lui manquait que la disponibilité du locuteur, son oubli de soi [...]" (p.20)                                                        

    L'habituelle rubrique anthologique vient ensuite, laquelle occupe habituellement environ les deux-tiers de la revue. Cette fois, dix-sept auteurs disposent chacun de deux à sept pages. Les poèmes en prose de Robert Nedelec m'ont particulièrement impressionné par leur densité, leur énergie, leur inquiétante étrangeté, leur intimidante "hauteur de voix", leur insaisissable signification qui parfois semble s'offrir mais sans arrêt s'échappe, comme le chat sous la caresse : 

    " [...] chanter sans frémir l'alliance forcée                                                                                                                  De ces éléments, de chair et langue que chaque heure                                                                                            désaccorde, et pour conclure qu'il faudrait donc mieux                                                                                             frayer avec ses nus afin d'arracher sa blanche armure de                                                                                mensonge. "   ( p. 33 )

    Dans la chronique "Essais", Isabelle Raviolo traite de la poétique de Josette Ségura dans son recueil "Les éclaircies" et les passages sur la naissance des poèmes sont parfois proches de ce qu'en disait Pierre Dhainaut ( ci-dessus ):

    " Si le poète ne parle que depuis la source qu'il n'est pas lui-même, cette source le requiert en sa voix humaine qui, pour autant qu'elle se retire elle-même, laisse passer l'autre voix [...]"  ( p. 70 ) 

    Yves Humann présente deux recueils de Réginald Gaillard: "L'attente de la tour" et "L'échelle invisible" ( Ed. Ad Solem ).

    Colette Minois, dans sa rubrique en fin de revue, profite souvent d'un élément d'actualité pour s'agacer des grossièretés d'une barbare modernité et exprimer sa prégnante nostalgie d'un passé plus humain et plus noble. Mais cette fois, après quelques lignes sur la désaffection du public pour la poésie, elle vante la valeur poétique du Cantique des créatures de François d'Assise.  

    La revue se termine par quelques pages permettant à Gérard Bocholier de présenter ses préférences parmi les recueils récemment parus. 

         Indépendamment de sa ligne éditoriale, ARPA est une revue incontournable pour les amateurs de poésie dont beaucoup trouveront dans la qualité des poèmes présentés une référence pertinente pour situer celles d'autres écritures, même de celles qui se méfient du lyrisme et de "l'intériorité".

                                                                                                                                                            

                                                                                                                                    Franck Reinnaz

     

    (1) : Conseil de rédaction : Gérard Bocholier, Franck Castagné, Jean-Pierre Farines, François Gravaline, Christiane Keller, Pierre maubé, Colette Minois et Christian Moncelet.                                                                                                                                                                    (2) : Abonnement: 40 euros pour 4 numéros par an , chèque à l'ordre de ARPA et à adresser à Jean-Pierre Farines , 148 rue docteur Hospital , 63100 Clermont-Ferrand.                                                                                                                                                                         (3) : voir article de ce blog daté du 10 mai 2015, présentant Diérèse 64 et où je me permettait quelques remarques sur cette métaphore de la naissance et de l'accouchement des poèmes.

     


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