• ARBRES

     

     

         Les arbres ne m'ont jamais laissé indifférent. ARBRES

    Enfant, j'aimais y grimper et, les jours de grand vent, m'y croire preux gabier balloté sur l'océan.

         Plus tard, j'ai connu dans les Boutières ardéchoises les traces de l'ancienne civilisation du châtaignier, avec ses ruches taillées dans des troncs, ses routes jonchées de bogues, l'énervé hachis de lumière de ses sous-bois ventés, les formes démoniaques de ses arbres morts encore dressés et qui méritèrent au temps de leur gloire le nom aujourd'hui mystérieux d'arbre à pain, le chômage des vieux outils en bois préservés dans des granges, le témoignage de meubles massifs trônant encore dans certaines salles, etc.

         Près des vieux murs où je vivais alors, et par respect pour mes prédécesseurs, je conservais le tilleul qu'ils avaient planté. Les brûlants jours d'été, sous son ombre, j'attendais des forêts voisines l'annonce d'un souffle d'air salvateur dont je suivrais l'approche à mesure que monterait la rumeur des feuillages que la sécheresse rendait plus sonore.                Ou bien, au printemps, pour me prouver digne des lieux, j'aimais y baigner à gestes très lents dans un vrombissant nuage d'abeilles besogneuses.

         Dans l'année qui suivit une mémorable tempête, je rencontrais près d'un village voisin la carcasse effondrée de ce qui fut un seigneur des forêts. Un bout de planche, sur un piquet, portait cette inscription maladroitement manuscrite :         " Le grand pin. 27/12/1999 " . Je fus heureux de vivre auprès de ces gens-là.

     

                                                                                                                     Franck Reinnaz

     


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